Aller au contenu

Dernière publication le 20 articles4 rubriques

SciFrance

La chimie pour comprendre le monde

ELM Élément n° 84 sur 118

Polonium (Po)

Découvert dans un minerai d’uranium, le polonium est si radioactif que ses traces naturelles disparaissent rapidement. Son intérêt industriel repose sur des propriétés utiles, mais qui exigent un confinement strict.

Par Claire Delmas · Mis à jour le

Fiche d’identité du polonium

Numéro atomique (Z)
84
Symbole
Po
Masse (isotope le plus stable)
208,98243 u
Masse molaire
208,98243 g/mol
Famille
Métalloïdes
Période · groupe · bloc
6 · 16 · p
Configuration électronique
[Xe] 6s² 4f¹⁴ 5d¹⁰ 6p⁴
État à 20 °C
solide
Température de fusion
253,85 °C (527 K)
Température d’ébullition
961,85 °C (1 235 K)
Masse volumique
9,32 g/cm³
Électronégativité (Pauling)
2
Rayon atomique (van der Waals)
197 pm
1re énergie d’ionisation
8,417 eV
Affinité électronique
1,9 eV
États d’oxydation
+4, +2
Découverte
1898
Nom tiré de
Pologne
Abondance dans la croûte terrestre
2 × 10⁻¹⁰ mg/kg
Abondance dans l’eau de mer
1,5 × 10⁻¹⁴ mg/L
Numéro CAS
7440-08-6

Polonium n’a pas d’isotope stable présent dans la nature : la masse indiquée est celle de son isotope le plus stable.

Polonium : période 6, groupe 16, famille des métalloïdes.
Po
Électrons par couche : 2 · 8 · 18 · 32 · 18 · 6

Le polonium porte le symbole Po et le numéro atomique 84 : chaque atome possède donc 84 protons. Sa masse atomique indiquée dans la fiche d’identité, 208,98243 u, correspond à la masse de l’isotope le plus stable, et non à une moyenne calculée à partir d’isotopes naturels abondants. Aucun isotope du polonium n’est stable, ce qui explique pourquoi l’élément ne s’accumule pas dans la nature.

Où trouve-t-on le polonium ?

Le polonium existe naturellement en quantités infimes dans les chaînes de désintégration de l’uranium. Il apparaît notamment lorsque le radon, gaz radioactif issu de la désintégration de l’uranium, se transforme à son tour. La fiche d’identité indique une abondance de 0 mg/kg dans la croûte terrestre et de 0 mg/L dans l’eau de mer : ces valeurs arrondies traduisent l’absence de quantités mesurables, non l’impossibilité de détecter des traces. Le CNRS décrit cette présence fugace comme liée à la désintégration de l’uranium via le radon.

C’est dans la pechblende, un minerai d’uranium, que Pierre et Marie Curie ont identifié le nouvel élément en 1898. La Société Chimique de France retrace cette découverte et l’analyse chimique des fractions du minerai où se concentrait la radioactivité. Le nom rend hommage à la Pologne, pays d’origine de Marie Curie.

Pour les usages industriels, le polonium est principalement produit artificiellement en réacteur nucléaire, en irradiant du bismuth. Cette méthode fournit des quantités limitées d’isotopes radioactifs. Le polonium-210 est notamment recherché pour son rayonnement alpha, constitué de particules que l’on peut arrêter avec un écran adapté, mais dont l’énergie devient dangereuse si la matière radioactive est inhalée ou ingérée.

À quoi sert-il concrètement ?

Les usages du polonium restent spécialisés. Dans certains dispositifs, ses émissions contribuent à neutraliser l’électricité statique qui s’accumule sur des matériaux en mouvement, par exemple lors de procédés de fabrication. La Commission américaine de réglementation nucléaire détaille cet usage industriel et précise que les sources sont intégrées dans des appareils conçus pour en empêcher l’accès lors d’une utilisation normale.

Le polonium peut aussi être associé au béryllium dans une source de neutrons : les particules alpha émises par le polonium interagissent avec le béryllium et produisent des neutrons. Des brosses contenant une source scellée ont également servi à retirer la poussière de films photographiques. Pour éliminer l’électricité statique, d’autres sources radioactives sont toutefois plus courantes. Les anciens projets de source de chaleur pour des équipements spatiaux reposaient, eux, sur l’énergie libérée par la désintégration radioactive.

Que révèle sa place dans le tableau périodique ?

Le polonium se situe en période 6 et dans le groupe 16, la colonne de l’oxygène, du soufre, du sélénium et du tellure. Sa configuration électronique externe se termine par 6p⁴, ce qui le rapproche chimiquement des autres éléments de cette colonne. Sa classification comme métalloïde souligne son caractère intermédiaire, même si les catégories du tableau ne prédisent pas à elles seules toutes ses propriétés. Retrouvez les éléments associés à la famille des métalloïdes.

Solide à température ambiante, il fond à 253,85 °C selon la fiche d’identité. Il présente des états d’oxydation +2 et +4 dans les données fournies. Sa radioactivité, plutôt que ses propriétés chimiques seules, définit cependant son usage et sa manipulation : une source scellée en appareil industriel n’équivaut pas à du polonium libre. Les risques sont particulièrement importants en cas de contamination interne, par inhalation ou ingestion.

Questions fréquentes

Quelle est la masse molaire du polonium ?

Le polonium n’a pas de masse atomique standard, faute d’isotope stable présent dans la nature. On retient la masse de son isotope le plus stable, 208,98243 u, soit environ 208,98243 g/mol.

Quel est le numéro atomique du polonium ?

Le numéro atomique du polonium est 84 : son noyau compte 84 protons, et l’atome neutre autant d’électrons. Son symbole chimique est Po.

Quelle est la configuration électronique du polonium ?

La configuration électronique du polonium est [Xe] 6s² 4f¹⁴ 5d¹⁰ 6p⁴, soit 2, 8, 18, 32, 18, 6 électrons répartis de la première à la dernière couche. Le polonium appartient au bloc p du tableau périodique.

Le polonium est-il présent naturellement ?

Oui, mais seulement sous forme de traces éphémères produites dans les chaînes de désintégration de l’uranium, notamment via le radon. Comme tous ses isotopes sont radioactifs, le polonium ne s’accumule pas durablement dans la croûte terrestre ou l’eau de mer. Une valeur d’abondance arrondie à zéro signifie qu’aucune quantité mesurable n’est retenue dans la fiche, pas qu’aucun atome ne peut exister dans la nature.

Le polonium est-il dangereux au simple contact ?

Le risque dépend de la forme et de la voie d’exposition. Les particules alpha pénètrent peu les matières et ne traversent pas la peau intacte, mais une contamination interne par inhalation ou ingestion peut exposer directement les tissus. Le polonium destiné à certains appareils industriels est donc confiné dans une source conçue pour limiter l’accès à la matière radioactive.

Le polonium sert-il à produire de l’électricité ?

La chaleur libérée par la désintégration du polonium a suscité un intérêt comme source d’énergie pour des systèmes thermiques, notamment dans des projets spatiaux. Ses usages industriels plus courants sont toutefois limités, par exemple à certains dispositifs antistatiques ou à des sources de neutrons associant le polonium au béryllium. Il ne s’agit pas d’un combustible électrique d’usage courant.

Sources des données

Valeurs relevées le 3 octobre 2026. Températures et masses volumiques à pression atmosphérique ; une valeur « non mesuré » n’est pas connue expérimentalement.