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ELM Élément n° 85 sur 118

Astate (At)

L’astate est un halogène si instable qu’aucun de ses isotopes n’est stable et que seules des traces fugaces apparaissent naturellement. Produit en laboratoire, l’astate-211 est étudié pour ses possibles applications en médecine nucléaire.

Par Claire Delmas · Mis à jour le

Fiche d’identité de l’astate

Numéro atomique (Z)
85
Symbole
At
Masse (isotope le plus stable)
209,98715 u
Masse molaire
209,98715 g/mol
Famille
Halogènes
Période · groupe · bloc
6 · 17 · p
Configuration électronique
[Xe] 6s² 4f¹⁴ 5d¹⁰ 6p⁵
État à 20 °C
solide
Température de fusion
301,85 °C (575 K)
Température d’ébullition
non mesuré
Masse volumique
7 g/cm³
Électronégativité (Pauling)
2,2
Rayon atomique (van der Waals)
202 pm
1re énergie d’ionisation
9,5 eV
Affinité électronique
2,8 eV
États d’oxydation
7, 5, 3, 1, -1
Découverte
1940, par Emilio Segrè
Nom tiré de
instabilité
Numéro CAS
7440-68-8

Astate n’a pas d’isotope stable présent dans la nature : la masse indiquée est celle de son isotope le plus stable.

Astate : période 6, groupe 17, famille des halogènes.
At
Électrons par couche : 2 · 8 · 18 · 32 · 18 · 7

L’astate occupe une place à part parmi les éléments chimiques : il est extrêmement rare dans la nature et disparaît rapidement par désintégration radioactive. Les quantités infimes disponibles compliquent l’étude de ses propriétés et excluent les usages ordinaires. Son intérêt se concentre surtout sur certains isotopes fabriqués en accélérateur, notamment l’astate-211, qui fait l’objet de recherches en médecine nucléaire.

Pourquoi l’astate est-il si rare ?

L’astate, de symbole At, porte le numéro atomique 85 : son noyau contient donc 85 protons. Il se situe dans le groupe 17, celui des éléments de la famille des halogènes, sous l’iode. Sa position laisse prévoir des ressemblances chimiques avec cet élément, mais l’astate est bien plus difficile à étudier, car tous ses isotopes sont radioactifs et aucun n’est stable.

On en trouve naturellement des traces fugaces dans les chaînes de désintégration d’éléments lourds comme l’uranium et le thorium. La quantité présente à un instant donné dans la croûte terrestre est infime : l’astate se forme puis se désintègre à son tour, sans s’accumuler. Le dossier de PubChem sur l’astate rappelle cette présence naturelle transitoire et sa rareté extrême.

Cette instabilité explique aussi pourquoi certaines propriétés macroscopiques attribuées à l’élément, comme son aspect ou son comportement physique détaillé, sont difficiles à vérifier directement. Les valeurs de la fiche d’identité décrivent l’élément, mais elles ne signifient pas qu’on puisse en disposer sous forme d’un échantillon visible ou manipulable.

Comment produit-on l’astate en laboratoire ?

Pour l’étudier, les chercheurs le produisent en petite quantité. Une méthode consiste à bombarder une cible de bismuth-209 avec des particules alpha dans un cyclotron, un accélérateur circulaire de particules. Cette réaction nucléaire peut former de l’astate-211. La production nécessite des installations spécialisées, puis une séparation chimique rapide de l’astate de la cible irradiée.

L’histoire de l’élément est étroitement liée à cette fabrication : il a été identifié en 1940 après une expérience de bombardement du bismuth. Son nom vient du grec astatos, « instable », une référence à la caractéristique qui rend l’élément si difficile à isoler. Le Laboratoire national de Los Alamos indique également son appartenance aux halogènes et son absence d’isotopes stables.

À quoi sert l’astate-211 ?

L’astate n’a pas d’usage courant ni industriel établi : les quantités produites sont trop faibles et sa radioactivité impose des conditions de travail spécialisées. En revanche, l’astate-211 est étudié comme candidat pour la radiothérapie alpha ciblée. Lorsqu’il se désintègre, il émet une particule alpha, un rayonnement très énergétique qui parcourt une courte distance dans les tissus.

L’objectif de la recherche est de fixer cet isotope à une molécule capable de le conduire vers des cellules ciblées. Cette stratégie cherche à concentrer le rayonnement au voisinage de la cible, mais elle dépend notamment de la stabilité de la liaison chimique entre l’astate et la molécule porteuse. L’astate-211 reste un objet de recherche : son intérêt potentiel ne signifie pas qu’il constitue un traitement établi. Le CEA présente les travaux récents sur l’astate-211 et sur les conditions de sa production et de son étude.

Que nous apprend sa place dans le tableau périodique ?

Comme halogène, l’astate partage des traits chimiques attendus avec le fluor, le chlore, le brome et l’iode. Sa position sous l’iode suggère toutefois un comportement plus complexe, et les mesures directes restent limitées par sa rareté et sa radioactivité. Les chimistes s’appuient donc sur des expériences réalisées à l’échelle de traces, ainsi que sur des comparaisons avec les autres halogènes.

La masse atomique indiquée pour l’astate, 209,98715 u, correspond au nombre de masse de l’isotope le plus stable de la fiche, et non à une masse atomique standard mesurée sur un mélange naturel d’isotopes. Comme aucun isotope stable n’existe et qu’aucune quantité naturelle mesurable ne s’accumule, il n’y a pas de composition isotopique naturelle ordinaire permettant de définir une masse atomique standard comme pour de nombreux autres éléments.

Questions fréquentes

Quelle est la masse molaire de l’astate ?

L’astate n’a pas de masse atomique standard, faute d’isotope stable présent dans la nature. On retient la masse de son isotope le plus stable, 209,98715 u, soit environ 209,98715 g/mol.

Quel est le numéro atomique de l’astate ?

Le numéro atomique de l’astate est 85 : son noyau compte 85 protons, et l’atome neutre autant d’électrons. Son symbole chimique est At.

Quelle est la configuration électronique de l’astate ?

La configuration électronique de l’astate est [Xe] 6s² 4f¹⁴ 5d¹⁰ 6p⁵, soit 2, 8, 18, 32, 18, 7 électrons répartis de la première à la dernière couche. L’astate appartient au bloc p du tableau périodique.

L’astate existe-t-il à l’état naturel ?

Oui, mais seulement sous forme de traces très fugaces issues de la désintégration d’éléments radioactifs lourds, notamment l’uranium et le thorium. Comme les isotopes de l’astate se désintègrent rapidement, l’élément ne s’accumule pas dans la nature en quantité mesurable.

L’astate-211 est-il déjà un traitement contre le cancer ?

Non. L’astate-211 est étudié comme candidat pour la radiothérapie alpha ciblée, mais cet intérêt de recherche ne signifie pas qu’il soit un traitement établi. Sa production, la fixation à une molécule porteuse et la stabilité de celle-ci sont parmi les questions que les chercheurs doivent étudier.

Pourquoi la masse atomique de l’astate est-elle donnée comme 209,98715 u ?

Cette valeur correspond à la masse attribuée à l’isotope astatine-210 dans la fiche, et non à une moyenne calculée à partir d’un mélange naturel d’isotopes. Aucun isotope de l’astate n’étant stable et l’élément n’étant pas présent naturellement en quantité mesurable, une masse atomique standard n’est pas définie de la même manière que pour les éléments ayant plusieurs isotopes stables.

Sources des données

Valeurs relevées le 3 octobre 2026. Températures et masses volumiques à pression atmosphérique ; une valeur « non mesuré » n’est pas connue expérimentalement.